Comprendre le ressenti des non-croyants vis-à-vis des chrétiens

Lorsque nous discutons avec des non-croyants, que ce soit à propos de convictions, de problèmes éthiques, ou de sujets de société, en tant que chrétiens nous avons souvent tendance à citer directement la Bible: « La Bible dit que… » : c’est ce que nous pensons, ce que nous disons.

Il en résulte souvent que l’impression que nous laissons à un non-croyant est que nous chrétiens vivons dans un carcan de règles figées, désuètes, et totalement arbitraires. Cela peut donner le sentiment aux non-chrétiens que la Bible est un recueil d’obligations destinées à embrigader les êtres humains, et que la vie chrétienne n’est ni très joyeuse ni enviable. Quant à Dieu, il ne se préoccuperai pas du bien-être de ses enfants !

Le conflit d’opinions pourrait être évité si nous étions conscients qu’il se joue là en réalité, une confrontation de paradigmes: c’est à dire de vision du monde. En effet, chrétiens et non-chrétiens sont  comme dans deux univers de pensée différents, séparés par des conceptions mentales qui partent de référentiels différents mais dont la finalité est la même: une satisfaction quant à la menée de sa vie. Ne pourrions nous nous rejoindre sur la démarche et tomber d’accord, si nous procédions autrement ?

Comprendre les deux systèmes de pensée

Voici un schéma qui explique les deux paradigmes. Cela nous permettra de voir comment les faire se rejoindre:

système de pensée

du chrétien

système de pensée

du non-croyant

Référence pour ce qui est vrai : la Bible (référentiel absolu)

certains comportements/actions sont déclarés bons, d’autres mauvais

moi-même (référentiel changeant)

 

mon éducation a déclaré bons ou mauvais certains comportements/actions

Actions qui en résultent : je choisis d’obéir ou de désobéir je choisis de suivre mon éducation ou pas
Expérience : j’expérimente que quand j’obéis : j’expérimente qu’avec certaines choses de mon éducation :
critère d’évaluation je suis satisfait, dans ma conscience et dans mon vécu à court et à long terme 
Conséquence : expérimenter de bonnes choses quand j’obéis me pousse à valider la Bible et à continuer à obéir ;

 

expérimenter de mauvaises choses me pousse soit à la repentance, soit à l’endurcissement

 

Dans tous les cas,

je prends position par rapport à la bible : j’accepte de m’y conformer ou pas

expérimenter de bonnes choses de mon éducation me pousse à valider mon éducation et à continuer selon ses principes;

 

expérimenter de mauvaises choses me pousse à corriger mon éducation, pour établir mes propres principes

 

Dans tous les cas,

je détermine seul les principes qui régissent ma vie

Ce tableau présente ici de façon schématique les deux systèmes de pensée. Chacun est fondé sur un référentiel différent. Il y a un cloisonnement étanche entre les deux systèmes (le trait continu), sauf à un niveau : celui de l’expérience, du vécu, du critère de satisfaction.

Cela explique pourquoi certains chrétiens qui ont des addictions, tiennent le coup aussi longtemps qu’ils le peuvent, pour obéir à Dieu. Mais si ils sont continuellement en porte-à-faux dans leur ressenti, leur niveau de satisfaction en souffre. Et certains peuvent ainsi finir par abandonner la foi. Il en est de même dans le cas des jeunes chrétiens qui sont en couple avec des non-chrétiens: certains parmi eux en éprouvent une véritable lutte entre leur foi et leurs sentiments. L’obéissance est mise à rude épreuve et le jeune chrétien peut finir par changer de « colonne » : il peut laisser tomber la foi et basculer dans le système de pensée du non-chrétien.

Mais revenons à l’apologétique. Nous comprenons en voyant ce tableau, que dire à  un non-croyant « la Bible dit que », c’est comme vouloir le forcer à entrer dans notre système de pensée qui lui est totalement étranger. C’est le forcer à considérer la Bible comme vraie, alors qu’elle n’est pas du tout un référentiel pour lui. C’est le contraindre à obéir aveuglément, à des règles qu’il ne comprend pas. Et c’est ne pas tenir compte du seul critère sur lequel il évalue sa vie : son niveau de satisfaction.
Cela n’est pas évident, ni facile à faire (selon la discussion, le contexte, la personne), mais il est possible de rejoindre le non-croyant en l’amenant progressivement à envisager que la Bible est valable pour sa vie.

Rejoindre le non-croyant

Le tableau nous montre qu’il y a une passerelle entre les deux systèmes de pensée : le vécu.
Il est ainsi possible de discuter avec le non-croyant, non pas en le forçant à obéir à la référence Bible, mais en lui montrant que les sources de satisfaction durables valident la Bible. Autrement dit, plutôt que se référer directement à la Bible pour juger le vécu du non-croyant, il est souhaitable de partir du vécu pour faire ensuite l’apologie de la Bible :

 

Quelques exemples parleront mieux que toute démonstration :
Imaginons que je parle avec un jeune délinquant, qui n’a connu que la loi de la rue.  Pour lui, mentir est une seconde nature ; c’est la façon dont il se sort de toute situation.
Si je viens et lui dis : « mentir, c’est mal », je me pose en moralisateur « bête et méchant ». Il va se braquer et rejettera ce que je veux lui apporter.
Si je veux l’amener à changer, il faut que je noue un lien d’amitié avec lui, un lien qui aura de l’importance pour lui, qui lui donnera satisfaction. Dans le cadre de cette amitié, je pourrais lui expliquer que la confiance est la base de l’amitié. Et mentir est un problème, pas tant parce que c’est « mal » dans l’absolu, comme une règle arbitraire, mais parce qu’alors je ne peux plus lui faire confiance, le considérer comme mon ami – et réciproquement. Je peux alors lui dire, que justement, c’est pour ça que la Bible dit qu’il ne faut pas mentir. Et lui expliquer que la Bible dit encore beaucoup de choses, uniquement parce que ce sont des principes qui ont fait leur preuve, qui permettent de mieux vivre ensemble. C’est pourquoi je me réfère à elle.

 

Autre exemple : imaginons que dans une discussion, il m’est demandé ce que je pense de l’homosexualité. Et Quelqu’un me lance : « c’est quelque chose que l’église condamne, n’est-ce pas ? Pourtant, c’est de l’amour. Ton Dieu, il est contre l’amour ? Je croyais qu’il était pour ?! ».
Si je réponds en disant : « la bible dit que », vous pensez bien que la réaction va être un tollé général.
Il vaut mieux partir du vécu des non croyants – l’amour entre deux êtres de même sexe – et faire avancer une réflexion sur les conséquences sur les individus et la société.

“Si l’homosexualité est considérée comme normale, comment alors expliquer que nous sommes sexués et que la reproduction nécessite deux sexes ?
Qu’est-ce qu’un père, qu’est-ce qu’une mère ? Qu’est-ce que les deux parents amènent chacun à l’enfant ? Chacun peut partager son vécu et voir l’importance d’avoir des parents de sexes différents.
Que doivent faire des homosexuels qui veulent avoir un enfant ? L’enfant se retrouve alors à avoir 3 parents, voire 4, si une mère porteuse intervient. Est-ce souhaitable ? Quelles seront les conséquences en terme affectif, de racines, d’héritage, de famille avec laquelle passer ses vacances, etc. ?
Alors, certes, l’homosexualité est une forme d’amour, mais ce n’est pas pour autant un schéma viable pour constituer une cellule familiale destinée à construire l’enfant,  et donc la société.
Voilà pourquoi la Bible dit que Dieu aime les homosexuels en tant qu’individus, mais que Dieu n’autorise pas la pratique de l’homosexualité pour le devenir de la société.”

Nous pourrions prendre ainsi tous les comportements et ne pas parler de la Bible en premier, mais faire réfléchir et montrer avec des arguments « humains », de bon sens, que la Bible finalement, a raison dans ce qu’elle légifère. C’est alors que les non-croyants peuvent envisager qu’elle a des choses sensées à dire.

Si nous ne savons pas pourquoi la Bible proclame telle chose, n’ayons pas peur de la mettre à l’épreuve, en cherchant dans les conséquences de nos actes, les raisons de ses ordonnances. Notre créateur sait quel est notre fonctionnement et c’est donc avec justesse qu’il en a écrit le mode d’emploi.

Thierry Geay, permanent d’Agapé France.